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Rue 369

Dans la rue 369 à Bamako Coura, au Mali, il y a des cours familiales, et ces familles emploient des aides ménagères qu'on appelle non sans condescendance "les bonnes" ou "les 52", venues de leurs villages pour gagner l'argent de leur trousseau de mariage, ou parce qu'elles ont écouté leurs soeurs aînées soupirer : "Bamako kadi tro" (Bamako est si doux). Certaines affirment qu'elles ne repartiront jamais pour leur village, d'autres attendent que leurs parents les rappellent parce qu'ils ont fixé la date de leur mariage avec un homme que leur famille a choisi pour elles : " - Il te plait, ton futur mari ? - Doni (un peu)." (Rires.)

Le spectacle "Rue 369" a été créé après des entretiens avec ces jeunes filles âgées de 15 à 18 ans menées par Assitan Traoré sur la vie de chacune, comment elles voient leur avenir, leur travail d'aide ménagère, le regard que les autres jettent sur elles, "les bonnes", leur première impression de la grande ville : "Bamako est sale ! Chez nous, au village, il n'y a pas d'électricité, pas d'étage aux maisons, pas de goudron, mais pas non plus de sacs plastique qui traînent par terre." (Dans la grande ville, les sachets en plastique, les ordures bouchent les fossés d'écoulement des eaux ou s'accumulent dans les rues.)
A partir de leurs paroles, une base de dialogues brefs a été rédigée par Michel Beretti à partir de leurs paroles, dialogue comique entre une bonne et sa patronne, affrontements verbaux, moqueries, pensées sur leur destin inéluctable de futures épouses soumises. Ces dialogues ont ensuite été réadaptés par Alima Togola en bambara, ces jeunes filles parlant peu ou pas du tout le français, leur permettant ainsi la réappropriation de leurs paroles.
Fatoumata Diarra, Salimata Konaté, Rokia Traoré, Malado Traoré... dansent et jouent avec une belle énergie, verve et drôlerie. Rien d'étonnant à ce que leur prestation ait suscité une ovation du public dans la Rue 369.
 
chorégraphie : Daouda Kéita et Adiara Traoré
entretiens et textes : Assitan Traoré
textes et mise en scène : Michel Beretti et Alima Togola
à l'initiative de Lamine Diarra, créateur des "Praticables (Fabrique citoyenne d'un nouveau théâtre d'art populaire", Bamako, novembre-décembre 2018

 
"A travers une œuvre, qui combine théâtre et danse, quatre filles, travaillant comme aide-ménagères à Bamako-Coura, racontent leur quotidien et le calvaire qu’elles vivent depuis toutes petites.
Sur la rue 369 de Bamako-Coura, environ 300 habitants (vieux, femmes et enfants) assis sur des chaises en plastique, d’autres à même le sol. Ils sont là pour suivre des artistes «confirmés», mais également des jeunes et des vieux du quartier ayant participé à des projets de créations artistiques. Pour l’ouverture officielle de l’événement, le mardi 27 novembre, c’était aux aide-ménagères, péjorativement surnommées «Bonnes» ou «52», qui ouvrent le bal.  Sur des textes d’Assitan Klenegue Traoré et une mise en scène de Michel Beretti, elles dansent, jouent tout en se racontant et en racontant leur histoire, donnant à voir un regard ironique, décalé et drôle sur Bamako, sur leurs patronnes et sur leur vie.
«C’est un honneur et un privilège pour nous d’avoir participé à ce projet. Nous nous sentons considérées. On a eu le goût d’être des êtres humains comme les autres», déclare Malado Traoré, l’une des actrices. Tout comme ses camarades Fatoumata Diarra, Rokia Traoré et Salimata Konaté ; Malado est venue à Bamako pour se faire un peu d’argent avant de rentrer au village se marier. «Nous ne sommes rien. Nous travaillons ici pour nos patronnes et après notre retour au village, nous allons travailler pour nos maris et faire des enfants. Durant toute notre existence, nous ne faisons que travailler, travailler», extrait de leur scène. Comme pour témoigner du «triste sort» qui leur est réservé durant leur existence."
(Sory Konaté, 30 Minutes, 28 novembre 2018)