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Hunting the Blue Whale

Hunting the Blue Whale (La Chasse à la Baleine bleue) est un projet d’écriture collective débouchant sur un spectacle théâtral pour un ensemble de jeunes participants – classes, groupe théâtral d’établissement scolaire – à partir de 15-16 ans.
Ce projet comprend :
1. une phase d’écriture numérique collective dirigée par l’auteur-dramaturge en collaboration avec les enseignants dans le cadre d’un ou de plusieurs établissements scolaires,
2. une partie théâtrale dans le cadre de l’activité d’un groupe théâtral d’établissement, impliquant quelques moyens technologiques simples d’aujourd’hui, par ex. des techniques de la réalité augmentée.
La réalisation se déroule sur une période de 6 mois d’une année scolaire ou deux périodes à cheval sur deux années scolaires.
 
Breaking point. C’est le point de non-retour. Ce point de rupture, nous l’avons peut-être déjà dépassé. La catastrophe est peut-être déjà là, climatique, biologique, humanitaire. PEUT-ÊTRE VIVONS-NOUS DEJA DANS LA CATASTROPHE.

Cette certitude, beaucoup de jeunes gens la partagent, contrairement aux adultes qui ont foi dans le progrès et la croissance. On trouve sur les réseaux sociaux les signes de leur désenchantement, de leurs colères, de leurs peurs, de leurs illusions et de leurs frustrations. Traces confuses dans le flux qui mêle inextricablement réalités scientifiques, légendes urbaines et théories du complot. La plupart du temps, ces discussions ne dépassent pas le stade de l’échange verbeux, du copié-collé dans des communautés virtuelles réunies par des opinions analogues, ou celui, encore pire, du dénigrement et de l’insulte.

Ici commence la fiction proposée aux élèves participants : voilà que, dans le projet Hunting the Blue Whale, quelques-uns de ces « accros » des réseaux virtuels voudront se retrouver physiquement. Qu’est-ce qui les motivera ? Quelle stimulation, quelle urgence les inciteront à abandonner leur confortable privation sensorielle, à sortir de l’anonymat qui leur assurait l’irresponsabilité dans l’expression de leurs opinions, à se risquer à la confrontation avec des personnes physiques réelles pour défendre leurs idées et mener un questionnement collectif ?

La Chasse à la Baleine bleue n’est pas la condamnation rebattue des réseaux sociaux, au contraire.
La Chasse à la Baleine bleue s’appuie justement sur les réseaux sociaux comme outil de réflexion collective, pour faire faire ensuite aux participants des allers-retours entre le virtuel et le réel.
La Chasse à la Baleine bleue, atelier de pensée ludique, laboratoire théâtral, apprentissage de la responsabilité citoyenne, demande la participation de jeunes interprètes et se déroule en 2 étapes :

1. Une étape d’écriture numérique collective collaborative : « Ecrans, images, silhouettes ».

2. Une étape théâtrale, qui peut être menée avec de nouveaux participants, autres que ceux de la première étape, ou avec les participants de la 1ère étape (cas d’une classe option théâtre, par ex.), mêlant théâtre et procédés techniques simples de la « scène augmentée ». L’écriture et la réalisation de cette 2ème étape sont encadrées par les enseignants en collaboration avec l’auteur-dramaturge : « La Quête de la Baleine bleue ».

1. Ecrans, images, silhouettes
1ère étape : fiction, écriture numérique collective

Des jeunes gens discutent sur des forums, des réseaux sociaux en échanges improbables sur des sujets anecdotiques, des légendes urbaines contemporaines, par exemple :

Kentucky Fried Chicken et Marlboro sont-ils liés au Ku Klux Klan ?
Le savant Nikola Tesla a-t-il inventé la téléportation et le rayon de la mort ?
Les Américains ont-ils réellement marché sur la Lune ?
Paul McCartney est-il mort en 1966 et remplacé depuis par un sosie ?
Le jeu « Blue Whale » a-t-il réellement provoqué des suicides d’adolescents, ou est-ce un « hoax », une légende urbaine ?
etc.

Ces discussions, qui servent d’amorce, sont menées par les élèves participants et peuvent aussi inclure les contributions d’internautes distants non participants au projet définitif. Ces échanges sont animés, modérés et coordonnés par l’auteur-dramaturge en collaboration avec l’enseignant pilote du projet.

De cet échange confus de voix et de textes qui défilent apparemment en temps réel sur le fond du décor – le « bruît du monde » – émergent des silhouettes fictives, des « personnages » imaginés par les élèves participants dont ils seront les avatars. Des jeunes gens des deux sexes se présentent : courts monologues où ils exposent leurs obsessions, se confient, où s’exposent comme ils voudraient qu’on les voie.

Ces premiers thèmes soumis à l’écriture collective, pour dérisoires qu’ils soient, ont une double utilité : 8 Français sur 10 croient au moins à une théorie du complot ; ces thèmes constituent aussi un point de départ humoristique qui permet aux élèves participants de s’exercer à l’écriture tout en s’amusant...


 
A ces premiers thèmes succèderont vite les questions essentielles qu’ils se posent sur l’état du monde, d’autant que les générations qui les ont précédés a échoué à y répondre. Aussi sont-ils en colère contre ceux qui vont leur léguer ce monde, dans quel état…

zones mortes dans les océans, effet de serre, réchauffement climatique, montée du niveau des mers, déforestation et désertification – réduction accélérée du nombre des espèces animales – épuisement des ressources naturelles – pénurie d’eau douce – aggravation des catastrophes naturelles – migrations forcées – démographie trop importante pour les ressources de la planète – instabilité du monde, montée du racisme, conflits, encore migrations – pollution et invasion des plastiques…

Dans la fiction de La Chasse à la Baleine bleue, les participants voudront examiner cet état du monde de plus près. Ils ne peuvent plus se satisfaire de la distance ni du bruit de fond persistant des rumeurs dans le monde virtuel. Ils décideront de se rencontrer physiquement. Mais qu’y a-t-il à « attraper » dans le réel ?

2. La quête de la Baleine bleue
2e étape : écriture des séquences définitives, réalisation scénique

a) La rencontre “IRL” (in real life)
L’une des règles du jeu de La Chasse à la Baleine bleue peut être le maintien du mystère pour ce qui concerne le choix des avatars fictifs des élèves participants, chacun gardant pour lui le secret de l’identité de son double. La rencontre physique peut donc constituer pour eux une surprise destinée à lancer la 2e étape de l’écriture…

Après l’exclusion des corps dans le monde virtuel, voilà leur présence embarrassante à imaginer par les élèves participants à partir du caractère et des attitudes de leur avatar...

Exemples : Aïcha (noms des avatars fictifs) tente d’oublier le mal-être causé par son surpoids. Abdoul ne se sent pas très bien dans un réel décevant, tandis que le virtuel lui donne l’impression de ne pas être seul. Aurore et Aymeric se demandent si on peut s’aimer virtuellement et surmonte leur méfiance : est-ce encore la même personne, et se sentiront-ils aussi proches ? Fabien pense qu’il ne peut plus continuer à tourner ainsi en rond et qu’il lui est impossible de continuer s’il ne va pas « attraper quelque chose dans le réel » ; Sarah, suicidaire, cherche dans le réel un parrain qui lui permette de mener jusqu’au bout le jeu mortel de la Baleine bleue, etc.

A l’opposé de l’irresponsabilité née de l’anonymat des réseaux sociaux, la rencontre physique avec les autres leur permet de défendre ouvertement leurs opinions et de les faire évoluer dans la confrontation avec celles des autres.Avec cette rencontre écrite et mise en fiction, l’histoire du projet en train de se faire entre dans la réalisation du spectacle final.

b) Les Contes du monde actuel
Le jeu de la Baleine bleue – « Blue Whale Challenge » – est basé sur la légende selon laquelle les baleines se suicident. En fait, ce jeu, qui consiste en 50 défis de plus en plus risqués jusqu’au suicide est une légende urbaine, mais la persistance des suicides chez les adolescents (près de 1000 par an, sans compter les tentatives) justifie sa présence ici, d’autant plus que beaucoup de jeunes pensent que nous sommes en train de nous suicider collectivement comme les baleines.

Sarah la suicidaire, ou plutôt l’avatar fictif d’une élève, pense que l’humanité court vers une extinction qu’elle a elle-même organisée ; d’autres ne partageront pas son pessimisme et croiront qu’il est encore possible d’agir. Mais comment agir, lorsqu’on est un petit groupe de jeunes gens aux idées et aux passions contradictoires ? Et quelle responsabilité peuvent avoir les individus dans un mouvement universel apparemment dépersonnalisé ?
La confrontation avec la réalité permet aux élèves participants de vérifier la vérité de leurs idées ou de leur imagination. Ils vont donc se lancer dans une quête de la vérité du monde (la Baleine bleue), avec les outils dont ils disposent quotidiennement. Faisant l’aller et retour entre le virtuel et le réel, les voilà en quête des anecdotes, des faits-divers qui leur permettent le mieux de rendre compte de la vérité, et d’écrire, réaliser ou jouer pour les autres (et pour nous) les Contes du monde actuel : formes brèves d’une dizaine de minutes.

Les Contes du monde actuel, 2 exemples :

Inde. 2,5 milliards de personnes disposent d’une planche et d’un trou en guise de toilettes, 1,1 milliard de rien du tout, tandis que 75% des habitants de la planète disposent d’un téléphone portable ; mais la jeune Priyanka, affrontant le scandale après son mariage, refuse de rejoindre la maison de sa belle-famille tant que celle-ci n’y aura pas installé des toilettes.
Sénégal. Pour Amadou, fidèle à ses traditions ancestrales, « la terre ne se vend pas », elle n’est que provisoirement attribuée à celui qui la travaille. Mais un fonds de pension américain a obtenu le droit d’exploiter d’immenses territoires agricoles pour envoyer le riz produit en Chine. Amadou, qui ne sait rien faire d’autre que cultiver la terre, devra partir pour la ville.etc.

La suite du projet doit bien sûr rester ouverte pour que soient respectées l’autonomie et l’imagination propre des élèves participants, leur choix des points d’interrogation sur l’état du monde, avant la discussion avec l’enseignant et l’auteur-dramaturge de la forme qu’ils souhaitent donner à leur histoire, totalement fictive ou non.

Les élèves participants ne reviendront sans doute pas de leur quête de la Baleine bleue avec des réponses, mais du moins auront-ils posé leurs points d’interrogation.Points d’interrogations adressées aux autres, par la représentation théâtrale d’abord, puis par la mise en ligne de ces Contes du monde actuel.