www.michelberetti.net
Chantiers    
La Légende Baoulé

La Légende Baoulé est connue dans toute l’Afrique de l’Ouest, bien au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire. Transmise oralement par les conteurs, elle a évolué au cours des âges. Les écrivains coloniaux l’ont recueillie, contribuant ainsi à la fixer par écrit. Après la décolonisation, des écrivains africains s’en sont emparés à leur tour, la modifiant et s’éloignant encore des anciennes formes orales.

Si la Légende Baoulé apparaît à beaucoup comme un conte, elle est aussi le récit fondateur d’un peuple. Selon la Légende, les Baoulés venus du Ghana vers l’actuelle Côte d’Ivoire ont été guidés par Abla Pokou, la nièce du roi des Ashantis. A la suite d’une guerre de succession dans le royaume de son oncle, Abla Pokou doit fuir avec une partie du peuple qui lui est restée fidèle. Le long exode de cette petite partie d’un peuple, talonnée par des ennemis qui veulent son extinction, est un des temps forts de la légende.

Le moment le plus dramatique survient avec le passage de la Comoé en crue. Le devin annonce que la colère des eaux ne s’apaisera que lorsqu’on leur aura sacrifié ce qu’on a de plus précieux. Mais il ne s’agit pas des coqs ou des bœufs, ni même des bijoux d’ivoire et d’or : ce que le peuple a de plus précieux, ce sont ses enfants. Comme personne ne se décide, Abla Pokou jette son propre fils dans les flots. Alors d’énormes hippopotames forment un pont sur lequel passe le peuple. Le pont se disloque ensuite, laissant sur l’autre rive les ennemis impuissants. Abla Pokou est passée la dernière, et quand elle rejoint son peuple prosterné, elle dit seulement « bâ wouli » : l’enfant est mort. Comme personne n’a voulu sacrifier ses enfants, la princesse a précipité son fils unique dans les flots pour donner l’exemple et sauver son peuple.
 
 
Ce sacrifice est dérangeant. Faut-il accepter de sacrifier un individu, plusieurs individus, une partie de la communauté pour sauver tous les autres ? Moralement, ce dilemme est insoluble. N’y a-t-il pas assez d’enfants sacrifiés sur le continent, privant les peuples d’une part de leur avenir ?

Raconter la Légende Baoulé telle quelle me paraissait inacceptable. Aussi ai-je ajouté un niveau dans le texte :

Trois animaux familiers des contes africains, le Lion, l’Eléphant et la Hyène, s’étonnent que les hommes puissent tuer sans raison, et non seulement pour se nourrir. Ils se racontent la légende et se disputent vivement à propos de sa fin. Le Lion prétend que l’enfant s’est sacrifié volontairement, la Hyène que sa mère l’a jeté à l’eau sans autre forme de procès, l’Eléphant qu’il a refusé de se sacrifier.
Pourtant le peuple baoulé a été sauvé. Que s’est-il donc passé ? Et si la solution était venue de l’enfant lui-même, de Kouakou ?

La Légende Baoulé est un spectacle en chantier de la Compagnie « Deux fois rien » et des « Pataclowns » : Fidèle Baha, Anne Compagnon, Fatna Djahra, Nelly Golaz, Christelle Nicod, Hyacinthe Brika Zougbo, qui ont choisi pour la raconter le théâtre d'ombres.

Création en octobre 2017 à Genève et Lausanne, tournée africaine en 2018.
 
 
 
 
À lire également
Entrent Mary Shelley et Casanova... (2017)
Glaciation Genève 1984
Philippe Macasdar, directeur du Théâtre Saint-Gervais (Genève) m'écrit (25 septembre 2017) : "Rencontres (dialogues ?) imaginaires. Une collection pour raconter une Genève faite d'écrivains y étant passés et pour certains installés, plus ou moins acceptés, plus ou moins inspirés, plus ou moins heureux; certains repartis ailleurs, pour y revenir ou plus jamais; d'autres enfin n'ayant pu y entrer, stopper net à la frontière... Genève est la patrie des écrivains. Paradoxale, rétive et poreuse, généreuse et ombrageuse. Genève qui se nourrit et qui nourrit. Terre d'accueil propice à la réflexion, à l'inspiration, à la création..."
 
Hunting the Blue Whale (2017)
Hunting the Blue Whale, projet de spectacle théâtral pour un ensemble de jeunes participants – groupe théâtral d’un ou de plusieurs établissements scolaires, atelier de jeunes amateurs – incluant une part d’écriture collective encadrée par l’auteur-dramaturge ainsi que par les enseignants dans le cadre d’un établissement scolaire, le recours aux moyens technologiques d’aujourd’hui, "la scène augmentée", ainsi que ceux, habituels, du théâtre...
 
 
L'Eté en automne (nouvelle édition 2017) (2017)
Du 23 au 28 novembre 2017, Michel Beretti participera à "L’Eté en automne" organisé à présent tous les ans dans le Grand Est par Didier Lelong et son Facteur Théâtre.