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Fille de Cham

Fille de cham, en cours d'écriture pour Assitan Tangara et Honorine Diama (Compagnie Anw Jigi Art), est une pièce de théâtre qui traite d’un sujet toujours sensible, sinon tabou : la relation ancienne et complexe que les Africains « noirs » entretiennent avec les Africains du Nord, arabo-touaregs et les peuples du Moyen-Orient.

Bien avant la traite des esclaves entre l’Afrique et le Nouveau-Monde, l’esclavage se pratique déjà massivement sur le continent africain en direction des pays du Moyen-Orient et du Maghreb. Dès le 11e siècle, des centaines de milliers de Noirs sont déportés, asservis, castrés ou tués. Au point que Tidiane N’Diaye parle d’un « génocide voilé ».

Cette traite négrière a longtemps été niée ou tue. La traite organisée de façon industrielle par les Occidentaux a masqué l’autre. D’abord parce que la traite transatlantique a été l’enjeu d’un combat philosophique, puis d’une condamnation, ou d’une reconnaissance. Ensuite parce que ce silence entendait protéger l’unité idéalisée de la oumma, la communauté des croyants. Cependant, pour justifier l’esclavage des populations noires d’Afrique, il fallait mettre en doute leur appartenance à cette imaginaire communauté de l’Islam : de faux hadiths du Prophète ont été fabriqués de toutes pièces.Il fallait aussi accuser les populations noires d’être maudites en forgeant une légende. On lit dans la Bible que Noé avait maudit son fils Cham, père de Canaan, et condamné Canaan à devenir les esclaves des esclaves des descendants de ses autres fils (Genèse, 9 : 18-29). Contrairement au Coran qui considère la diversité des couleurs de peau comme la création d’Allah (Al-Fatir, 27-28), des théologiens musulmans affirment dès l’an 700 que Cham était un homme blanc et beau de visage, et qu’à la suite de la malédiction de Noé, Allah changea sa couleur et celle de ses descendants : ce sont les Noirs (sûdan). Ainsi se trouvait créé un lien entre les fils de Cham et l’esclavage.

Ibn Khaldoun nie cette interprétation ; cela ne l’empêche pas d’écrire que « les seuls peuples à accepter l’esclavage sont les Noirs, en raison de leur peu d’humain, leur place étant plus proche de l’animal » (Prolégomènes).

Les blessures du passé sont longues à cicatriser tout comme les préjugés sont longs à disparaître. Il y a chez certains Africains du Nord une prise de distance vis-à-vis des Noirs, qu’ils soient du Maghreb ou du Sahel. Aujourd’hui, les Noirs sont l’objet d’un rejet violent. Ce racisme latent a éclaté au grand jour avec l’augmentation du nombre de Subsahariens bloqués dans les pays du Maghreb dans leur migration vers l’Europe. Ils y sont souvent exploités, prostitués, vendus, pourchassés, violés, battus.

Ce racisme est combattu par certains, comme l’écrivain algérien Kamel Daoud ou l’historien marocain Chouki El Hamel (Maroc noir). Mais on entend parler communément en Algérie ou au Maroc des « Africains », comme si Maghrébins et Sahéliens ne faisaient pas partie du même continent. De leur côté, lors d’une récente CAN de football, les Maliens considéraient que les Algériens n’étaient pas des « Africains ».C’est en 2020 seulement qu’une famille tunisienne a obtenu le droit de s’appeler Dali et non plus Atig Dali, « affranchi par ».

Le théâtre consiste en partie à aider la société à se débarrasser des résidus qui l’encombrent. Fille de Cham contribue à dissiper les préjugés raciaux qui encombrent les têtes.
 
 
 
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