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Djon yé patronni yé ?
Qui est la patronne ?

Quelque part en Afrique de l'Ouest, une jeune fille arrive de son village dans la capitale. C'est la première fois qu'elle fait un si long voyage. La pauvreté a contraint sa famille à l'envoyer en ville pour faire la bonne. A moins qu'elle ne vienne économiser pour son trousseau de mariage qu'elle devra compléter quand ses parents lui auront choisi un mari. Comme les autres bonnes, elle travaille sept jours sur sept, jour et nuit, corvéable à merci. Elle est payée 20 000 francs CFA par mois (30 €). Parfois elle n'est pas payée, sous le prétexte qu'elle fait partie de la famille, ou bien un oncle chargé de garder son pécule le dissipe sans rien lui dire. Parfois aussi, elle est maltraitée, battue. Ou violée par le mari de sa patronne, par leur grand fils. Si elle tombe enceinte, elle est chassée, renvoyée au village, avec sa honte.
 
préparation Rue 369 - 1

Pourtant les travailleuses domestiques de la rue 369 à Bamako, jeunes femmes fortes et rieuses, ont un appétit de vivre, une gaieté communicatifs. Et si la plupart ne savent pas lire ni parler français, elles savent penser: leur condition, la saleté de la ville, le rapport avec leurs patronnes, rien ne leur échappe.
 
préparation Rue 369

Plutôt que de représenter les bonnes en victimes, Djon yé patronni yé ? ("Qui est la patronne ?" en bambara) choisit le registre comique. Il serait possible de faire de la vie de ces jeunes femmes, parfois encore des fillettes que l'on fait travailler du matin au soir pendant que les autres enfants jouent, un mélodrame qui aurait toutes les apparences de la vraisemblance. Djon yé patronni yé ? s'inscrit dans la lignée du kotéba, la forme spectaculaire ancienne du Mali. Sur la place du village, le kotéba dénonce les travers, sans que celui qui est désigné aux moqueries des spectateurs puisse se fâcher. Les patronnes et les bonnes sauront se reconnaître dans cette pièce...

Le philosophe Hegel (1770-1831), qui a soutenu des thèses parmi les plus négatives et les plus fantaisistes sur l'Afrique, est aussi celui qui a pensé la dialectique du maître et de l'esclave. Djon yé patronni yé ? est une variation sur ce couple de la patronne et de la bonne. Voilà donc Djami que ses tantes ont envoyée dans la grande ville où tout l'effraie, naïve, passive, acceptant son destin d'esclave domestique. Elle a le malheur de s'appeler Djami comme sa patronne qui exige qu'elle change son nom : elle est devenue une autre. Sa patronne, inactive, se décharge peu à peu sur elle du soin de la maison, comme cela se pratique couramment dans la réalité. Djami devient indispensable : la servante parfaite. Elle s'occupe de tout, devançant même les ordres de aa patronne qui ne peut plus se passer d'elle. Au point de remplacer sa maîtresse dans le lit de Monsieur ? La servante est devenue maîtresse. Si Djami est devenue la servante absolue, c'est peut-être pour venger sa mère morte qui a travaillé autrefois dans cette même maison et la honte de sa naissance. Elle quitte sa patronne en dépit de ses supplications. Dans la servitude, Djami a appris à devenir Djami.

Djon yé patronni yé ?, texte Michel Beretti, est en cours de traduction en bambara par Tièblé.
Jeu : Mariam Sissoko (la patronne) et Alima Togola (la bonne).
Mise en scène : Alioune Ifra Ndiaye.
Création prévue au Complexe culturel BlonBa, Bamako.
 
 
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