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La Chute des corps
Les "anarchistes du Jura"

« – Vous cherchez la bibliothèque des Anarchistes du Jura ? Mais c’est une légende ! » À Saint-Imier, on s’était bien moqué de moi. J’avais pourtant la preuve qu’elle avait existé : « Une bibliothèque fédérale à la disposition de tous les membres est créée pour développer le goût de la lecture et de l’étude chez les ouvriers », c’était dans le Bulletin de la Fédération jurassienne. 29 août 1875 : « Toutes les sections établiront la liste des ouvrages qu’elles désirent voir posséder par la bibliothèque. L’achat des livres sera confié à une section désignée par le Congrès annuel »…

Lorsque Eugène Sue, le célèbre auteur des Mystères de Paris, était venu en 1850, tout le Vallon était allé à sa rencontre, et les ouvriers lui avaient offert un chronomètre de leur fabrication. La Fédération organisait des lectures publiques, et dans chaque atelier, on demandait à un apprenti de lire le journal ou un livre. Penchés sur l’établi, concentrés sur leur travail minutieux, les ouvriers horlogers des Montagnes écoutaient la voix claire du garçon juste sorti de l’école qui leur lisait un roman de George Sand ou le Traité de géographie universelle d’Élisée Reclus, car pour lutter contre l’État et le Capital, il fallait s’instruire, penser, débattre. Qu’était-elle devenue, cette bibliothèque des Anarchistes du Jura quand la Fédération avait disparu ?

« – Allez donc voir au Café de la Poste, au Locle. C’est là que tout a commencé », m’avait-on dit à Saint-Imier. Et d’ajouter : « – Ils ont mis une plaque sur la façade. Ça n’a pas fait plaisir à tout le monde ici. » Pourquoi le fait d’apposer une plaque commémorative sur la façade d’un café au Locle avait-il mécontenté à Saint-Imier ? me demandai-je en marchant le long de la Suze, suivant la même petite route qu’empruntait Bakounine. Parce qu’il logeait là, dans cette ferme… Vingt ans plus tôt, je m’étais enquis de l’emplacement du Restaurant de la Clef où le révolutionnaire russe avait fait ses Trois Conférences aux ouvriers de Saint-Imier. Un paysan m’avait dit alors en rigolant : « – Vous ne pouvez pas vous tromper, c’est là où l’herbe ne repousse pas. » La Clef avait été démolie dans les années nonante par l’Armée. Cette bâtisse abandonnée depuis des lustres était-elle à ce point suspecte qu’il avait fallu rien moins que l’Armée suisse pour la mettre à bas ? Impossible de retrouver ce vide. À présent, une entreprise moderne occupait le site. « – Et alors ? A bas les monuments ! » auraient dit ceux de la Fédération jurassienne. « – Tu n’y couperas pas, à ton buste, avait-on dit à l’un d’eux, célèbre malgré lui. » « – Eh bien, j’espère qu’un compagnon le flanquera par terre et plantera à la place un arbre fruitier. » Ceux-là n’avaient jamais eu de siège pour leur mouvement, pas plus qu’ils ne se s’étaient souciés de rédiger des statuts ou de conserver des archives. Ils se réunissaient dans les cafés, eux qui étaient abstinents. Qu’est-ce qu’on aurait voulu en faire, du Restaurant de la Clef ? Un musée de l’Anarchisme ? Un lieu de pèlerinage ?

A Sonvilier, il se mit à neiger. Les fantômes se mirent à danser entre les rideaux de flocons…
 
 
 
 
 
 
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