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Fagalî
(massacre)

Depuis 2012, le Mali est plongé dans une « crise » qui n'a cessé de s’aggraver. Les conflits anciens entre agriculteurs et éleveurs, amplifiés par le manque de terres cultivables, la croissance démographique, le changement climatique, deviennent interethniques, entre Dogons et Peulhs entre autres. Les conflits se superposent : la qualification de « djihadistes », confuse, recouvre la rébellion de « cadets sociaux » sans avenir, le simple brigandage, l’amertume de ceux qui considèrent l’État comme leur ennemi à cause de la corruption endémique etc. Étonnamment, les jeunes qui ne croient plus à la parole des politiques font confiance aux histoires des poètes (un jeune de Kayes après la représentation de Conversation sur le rivage du monde).

Qu’un écrivain de théâtre « blanc » écrive une pièce sur cette situation inextricable peut paraître paradoxal. Un double regard, à la fois proche et décalé, l’expérience des spectacles précédents, les encouragements d’acteurs culturels locaux m’y ont engagé. Il a aussi fallu des entretiens avec des chasseurs traditionnels dozos, des familles d’éleveurs, des témoignages de survivants de massacres etc.
L’accaparement des terres, l’avancée du désert… Fagalî doit rendre lisibles pour un large public les mutations qui bouleversent des modes de vie séculaires : depuis toujours, éleveurs peulhs et agriculteurs bambaras échangeaient du lait contre du mil. Autrefois solidaires, ils ne comprennent pas comment les « frères » d’hier sont devenus des ennemis. Mais pour que Fagalî touche (ou provoque le rire) tout en faisant prendre la distance de la réflexion, il faut que les personnages aient une consistance, une profondeur, soient amenés à faire des choix contradictoires : Diallo, dont le troupeau a pour propriétaires des fonctionnaires de l’État, des commerçants de Bamako et des terroristes islamistes, écoute le cheikh qui prêche que la pluie et les terres appartiennent à Dieu et soutient le « Jihad de la vache » ; Yèro, jeune Peulh embrigadé dans une soi-disant milice d’auto-défense, tue Ambaga, un jeune Dogon, et découvre qu’il a tué son frère, car au Mali les communautés sont inextricablement mêlées et qui tue quelqu'un tue son frère. Que les préjugés de castes soient aussi moqués, comme pour Aïssa la Touareg, qui prétend pouvoir dire, en entendant le rire de quelqu’un, s’il est noble ou descendant d’esclaves etc.

Fagalî doit donner une vie foisonnante à une douzaine de personnages d’un village emblématique, jusque dans l’intimité des couples quand les villageois ricanent parce que Diallo et son épouse Bintarê affichent leur tendresse. Aussi s’agit-il d’une pièce qui s’appuie autant sur l’action dramatique que sur la langue : français, bambara, fulfulde, songhaï, tamashek, arabe, constituent à la fois des passerelles et des frontières dans le découpage du monde que toute langue opère. C’est aussi un patient travail étymologique et stylistique de croisement des langues. Patient, et jubilatoire ! Le passé historique et légendaire qui se mêle constamment au présent, les proverbes constituent un riche matériau pour l’écrivain ; le recours aux figures de langage, aux expressions traduites littéralement de ces langues apporte relief et saveur. Comment retrouver les anciens usages de décision collective, ou en inventer de nouveaux ? Comment le village de Fatobougou ( = le village de la folie, de la rage de soi-même) deviendra-t-il Benkanbougou ( = le village de l’entente, du consensus) ? Cela passe aussi par la redécouverte du plaisir du duel oratoire, le sinankunya, dont les insultes entre « cousins à plaisanterie » interdisent tout recours à la violence. Le but de Fagalî est de redonner au langage toute sa valeur, à la fois rationnelle, symbolique, poétique.
 
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