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Hunting the Blue Whale

Hunting the Blue Whale est un projet de spectacle théâtral pour un ensemble de jeunes participants – groupe théâtral d’établissement scolaire, atelier de jeunes amateurs – incluant une part d’écriture collective encadrée par l’auteur-dramaturge ainsi que par les enseignants dans le cadre d’un établissement scolaire, le recours aux moyens technologiques d’aujourd’hui, "la scène augmentée", ainsi que ceux, habituels, du théâtre.
 
Breaking point. C’est le point de non-retour. Ce point de rupture, nous l’avons peut-être déjà dépassé. La catastrophe est peut-être déjà là, climatique, biologique, humanitaire. PEUT-ÊTRE VIVONS-NOUS DEJA DANS LA CATASTROPHE.
 
Cette certitude, beaucoup de jeunes gens la partagent, contrairement aux plus âgés qui vivent encore dans la croyance du progrès et de la croissance infinie. On trouve sur les réseaux sociaux les signes de leur désenchantement, de leurs colères, de leurs peurs, de leurs illusions et de leurs frustrations. Traces confuses dans le flux qui mêle inextricablement réalités scientifiques, légendes urbaines et théories du complot. La plupart du temps, ces discussions ne dépassent pas le stade de l’échange verbeux, du copié-collé dans des communautés virtuelles réunies par des opinions analogues, ou pire : le stade du dénigrement et de l’insulte.
 
Or voilà que, dans Hunting the Blue Whale, quelques-uns de ces « accros » des réseaux virtuels se retrouvent physiquement IRL. Qu’est-ce qui les a motivés ? Quelle stimulation, quelle urgence les ont incités à abandonner leur confortable privation sensorielle, à sortir de l’anonymat qui leur assure l’irresponsabilité dans l’expression de leurs opinions, à se risquer à la confrontation avec des personnes physiques réelles pour défendre leurs idées et mener un questionnement collectif ?
 
Hunting the Blue Whale n’est pas la condamnation rebattue des réseaux sociaux, au contraire.
Hunting the Blue Whale s’appuie au contraire sur les réseaux sociaux comme réflexion collective, point de départ de l’action concrète, pour faire faire ensuite aux participants des allers-retours entre le virtuel et le réel.
Hunting the Blue Whale, atelier de pensée ludique, laboratoire théâtral, exige la participation de jeunes interprètes et se déroule en 3 étapes :
 
1. Ecrans, images, silhouettes
Première étape : en différents endroits, des jeunes gens discutent sur des forums, des réseaux sociaux en échanges improbables sur des sujets anecdotiques, des légendes urbaines contemporaines :
Kentucky Fried Chicken et Marlboro sont-ils liés au Ku Klux Klan ?
Le savant Nikola Tesla a-t-il inventé la téléportation et le rayon de la mort ?
Les Américains ont-ils réellement marché sur la Lune ?
Paul McCartney est-il mort en 1966 et remplacé depuis par un sosie ?
Le jeu « Blue Whale » a-t-il réellement provoqué des suicides d’adolescents ou est-ce un « hoax » ?
etc.
 
Ces discussions peuvent être réellement menées par les participants et peuvent aussi inclure les contributions d’internautes distants non participants.
 
De cet échange confus de voix et de textes qui défile apparemment en temps réel sur le fond du décor – le bruît du monde – émergent des silhouettes. Des jeunes gens des deux sexes se présentent : courts monologues où ils exposent leurs obsessions, se confient, où s’exposent comme ils voudraient qu’on les voie.
 
Point Godwin. Mais bientôt s’applique fatalement la loi de Godwin : plus une discussion sur un forum internet dure, plus la probabilité d’y voir une comparaison impliquant les nazis ou Hitler tend vers 1, c’est-à-dire la disqualification des arguments de l’adversaire assimilé au Mal absolu (reductio ad Hitlerum). Insultes, anathèmes.
 
Théorie du « petit monde ». Cependant le paradoxe de Milgram fonctionnant également pour tous les participants, ils découvrent vite qu’une relation de 4,74 existe entre chacun d’eux : tous les humains étant reliés entre eux par une chaine maximale de 6 relations, ils se rendent compte qu’ils sont plus proches les uns des autres qu’ils ne le pensaient.
 
Les sujets qu’ils abordent les ramènent invariablement aux questions essentielles qu’ils se posent sur l’état du monde, d’autant que la génération qui les a précédés a échoué à y répondre. Aussi sont-ils en colère contre ceux qui vont leur léguer ce monde, dans quel état…
zones mortes dans les océans, effet de serre, réchauffement climatique, montée du niveau des mers, désertification – réduction accélérée du nombre des espèces animales – épuisement des ressources naturelles – aggravation des catastrophes naturelles – migrations forcées – démographie trop importante pour les ressources de la planète – instabilité du monde, montée du racisme, conflits, encore migrations…
 
Cet état du monde, quelques-uns des participants veulent l’examiner de plus près. Ils ne peuvent plus se satisfaire de la distance ni du bruit de fond persistant des rumeurs dans le monde virtuel. Qu’ils soient délégués par leur communauté d’opinions, leur forum, ou que ce soit par une décision individuelle, ils vont se rencontrer physiquement.
Mais qu'y a-t-il à attraper dans le réel ?
 
2. La rencontre IRL
Earth Overshoot Day. Les jeunes participants ont décidé de fixer symboliquement leur rencontre le « jour du dépassement », la date de l’année où les ressources de la planète pour une année ont été consommées (2 août en 2017). Se retrouvent donc physiquement ce jour-là un certain nombre de jeunes participants. Ils ont décidé d’un commun accord de ne pas filmer leur rencontre car ils auraient l’impression de jouer un rôle.Après l’exclusion des corps, voilà leur présence embarrassante : Aïcha tente d’oublier le mal-être causé par son surpoids. Abdoul ne se sent pas très bien dans un réel décevant, tandis que le virtuel lui donne l’impression de ne pas être seul. Aurore et Aymeric, un couple « en ligne » se demande si on peut s’aimer virtuellement et surmonte sa méfiance : est-ce encore la même personne, et se sentiront-ils aussi proches ? Fabien pense qu’il ne peut plus continuer à tourner ainsi en rond et qu’il lui est impossible de continuer s’il ne va pas attraper quelque chose dans le réel ; Sarah, suicidaire, cherche dans le réel un parrain qui lui permette de mener jusqu’au bout le jeu mortel de la Baleine bleue.
 
Les personnages peuvent aussi être inventés par les participants à partir de leurs avatars fictifs inventés pendant la première étape.
 
3. La quête de la Baleine bleue
Le jeu de la Baleine bleue (s’il existe dans la réalité) est basé sur la légende selon laquelle les baleines se suicident. Sarah la suicidaire pense que l’humanité court vers une extinction qu’elle a elle-même organisée ; d’autres ne partagent pas son pessimisme et croient qu’il est encore possible d’agir, mais comment, lorsqu’on est un petit groupe de jeunes gens aux idées et aux passions contradictoires ?
 
Apprentissage citoyen. La confrontation avec la réalité leur permet de vérifier la vérité de leurs idées ou de leur imagination. A l’opposé de l’irresponsabilité née de l’anonymat des réseaux sociaux, la rencontre physique avec les autres leur permet de défendre ouvertement leurs opinions et de les faire évoluer dans la confrontation avec celles des autres. Quelle responsabilité ont-ils individuellement ?
 
Ils vont donc se lancer dans une quête de la vérité du monde, avec les outils numériques dont ils disposent habituellement. Faisant l’aller et retour entre le virtuel et le réel, ils sont en quête des anecdotes, des faits-divers qui leur permettent le mieux de rendre compte de la vérité, et d’écrire, réaliser ou jouer pour les autres (et pour nous) les contes du monde actuel.
 
Contes du monde actuel. (Exemples.) Un paysan australien se suicide en avalant les mêmes pesticides vendus par la firme de semences qui l’a ruiné.2,5 milliards de personnes disposent d’une planche et d’un trou en guise de toilettes, 1,1 milliard de rien du tout, tandis que 75% des habitants de la planète disposent d’un téléphone portable ; mais Priyanka refuse de rejoindre la maison de sa belle-famille tant que celle-ci n’y aura pas installé des toilettes. etc.
 
A partir de là, la suite du projet reste ouverte pour que soient respectées l’autonomie et l’imagination propre des participants, leur choix des points d’interrogation sur l’état du monde, avant la discussion avec le metteur en scène de la forme qu’ils souhaitent donner à leur histoire.
 
Les participants de la quête de la Baleine bleue ne reviendront peut-être pas avec des réponses, mais du moins auront-ils posé leurs points d’interrogation. Points des interrogations adressées aux autres, par la représentation théâtrale d’abord, puis par la mise en ligne de ces contes du monde actuel.
 
 
 
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