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Œuvres    
L'Eléphant dans le Musée de la Porcelaine
performance pour un musée

Pour le Musée National de la Porcelaine Adrien Dubouché, Limoges (non réalisé).
 
11 assiettes en porcelaine ou en faïence de qualité médiocre, ainsi qu’un emballage les contenant, une caisse qui présente un aspect sérieux et rassurant : on doit pouvoir se dire qu’elle sert à transporter des œuvres fragiles. Cet emballage est posé sur une table. Son contenu n’est pas visible du public.
 
Bonjour. Contrairement à ce que prétend l’expression populaire « maladroit comme un éléphant dans un magasin de porcelaine », l’éléphant est un animal délicat et soigneux, qui sait toujours où il pose les pattes, qui n’agite jamais sa trompe sans une raison valable et, quand il le fait, il en joue avec une incroyable dextérité. Avec cet organe préhensile, qui comporte plus de cent mille muscles, il est capable de décortiquer une cacahuète.
 
Avec beaucoup de précautions, il sort une assiette de la caisse.
 
L’éléphant peut saisir cette assiette de porcelaine avec sa trompe comme si c’était une main. Avec une extrême délicatesse…
 
L’assiette lui échappe, tombe, se brise sur le sol à sa grande stupéfaction. Il jette un regard inquiet vers la directrice qui se tient au dernier rang dans la salle. Sourire embarrassé.
 
Vous constatez que je ne suis pas un éléphant, malheureusement…
 
Il jette un coup d’œil dans la caisse. Cet examen semble le rassurer.
 
Quant à la petite queue de l’animal, qui peut paraître disproportionnée par rapport à sa taille, on peut être assuré qu’elle ne provoquera aucun dégât eu égard à l’importance du fessier au sommet duquel elle est souvent animée d’un vif mouvement giratoire.
 
Mais s’il est question ici de l’éléphant, ce n’est pas de l’éléphant vivant dont il s’agit, de celui qui avance avec précaution dans le magasin de porcelaine, contrairement à cet adage mensonger, mais de l’éléphant mort. Et non pas de l’éléphant mort qui nourrit tout le village comme dit le proverbe ivoirien, mais de celui dont on abandonne les chairs et les os aux hyènes et aux vautours après l’avoir abattu et lui avoir scié ses défenses. Un président français s’était illustré autrefois par de tels exploits, auxquels s’était mêlée on ne sait quelle histoire de diamants qui ne nous importe pas ici. Je suppose que la ressemblance entre l’Académie française auquel il a été admis et le cimetière des éléphants n’aura pas échappé à ceux qui l’ont reconnu. Bien que la vision des ossements blanchis d’académiciens sous la lune ne s’accorde que de loin à la vocation de cette vénérable maison qui est la défense de la langue française.
 
Je vais donc vous raconter une histoire d’éléphant. D’éléphant et de porcelaine. Pas d’éléphant en porcelaine. Quoique les éléphants en porcelaine aient aussi leur charme. Il paraît qu’ils sont parmi les animaux les plus recherchés par les collectionneurs. Je vais vous raconter l’histoire d’une pièce, d’un ensemble tout à fait exceptionnel dans les collections de ce Musée. Je dois vous prévenir que cette histoire sera assez mouvementée sur la fin et qu’elle pourrait même heurter certaines sensibilités lors de quelques épisodes particulièrement brutaux…
 
Il regarde dans la caisse.
 
… Un ensemble unique, vous disais-je… (Il regarde par terre les débris de l’assiette.) ou plutôt le reliquat d’un ensemble sans doute beaucoup plus vaste… dont la présence dans les collections du Musée demeure toujours inexpliquée et a donné lieu à pas mal d’hypothèses, dont on retrouve les échos jusque dans la presse people, comme vous allez le voir.
 
Les fils qui relient ce musée avec l’Afrique, sont à la fois ténus et étrangement récurrents… L’éléphant, justement… Revenons à l’éléphant.
 
Dans les contes africains, l’éléphant symbolise la patience, la force de la sagesse acquise avec le temps. Cependant tout le monde sait que le caractère de l’éléphant est loin d’être uni. Il peut avoir des sautes d’humeur soudaines et terribles, des crises de colère imprévisibles qui font trembler la savane. Alors il abat les arbres, ravage les cultures, détruit les villages, piétine les humains : l’éléphant est redoutable et puissant.
 
L’éléphant n’est pas sourd comme un pot, non, mais son ouïe est plutôt moyenne. En fait, il se sert de ses grandes oreilles irriguées par de multiples vaisseaux sanguins comme d’un éventail pour rafraîchir son sang.
 
Il sort avec précaution une deuxième assiette de la caisse, puis une troisième.
 
Il raffole des fruits du Sclerocarya birrea ; il peut en manger des quantités phénoménales, de ces prunes africaines qui ont fermenté au soleil et contiennent de l’alcool. Sous peine de voir des éléphants roses ou même de tomber comme une masse, ivre mort, l’éléphant doit agiter frénétiquement ses oreilles.
 
Il utilise les deux assiettes qu’il agite de part et d’autre de sa tête, s’aperçoit avec effroi de ce qu’il est en train de faire, les pose délicatement sur la table, puis sort précautionneusement de la caisse une nouvelle assiette.
 
Ces grandes oreilles qui battent en cadence ont frappé l’imagination des hommes ; ils ont gratifié le proboscidien d’une ouïe à la finesse exceptionnelle. Ainsi les conteurs africains lui ont-ils attribué ces deux qualités : l’éléphant est puissant et il entend tout.
 
Il empile soigneusement l’assiette sur les précédentes, regarde dans l’emballage.
 
Encore un peu de patience ; et vous allez voir que l’ivresse de l’éléphant d’Afrique qui a mangé trop de fruits fermentés du Sclerocarya birrea a un rapport direct avec l’histoire de cet ensemble unique dont je voulais vous parler. Et qu’il y a également un rapport, peut-être plus étonnant encore, entre l’éléphant et le conservateur de musée.
 
Il n’y a rien d’étonnant à ce que le maréchal Jean-Bedel Bokassa, président à vie puis Empereur Bokassa Ier de Centrafrique, l’ait choisi comme surnom : « Bokassa l’Eléphant » entend tout, sait tout, et dirige son petit empire de deux millions d’habitants d’une main de fer. Il est puissant comme l’éléphant. Puissant, et viril, car sa puissance sexuelle garantit magiquement sa puissance politique, démentant ainsi saint François de Sales qui donnait l’éléphant en exemple de fidélité et d’abstinence aux époux dans ses préceptes spirituels.
 
Il sort de la caisse deux autres assiettes qu’il empile avec soin sur les précédentes, en prend une autre, de l'autre main sort de sa poche un petit livre ancien. Il rattrape de justesse l'assiette qui a failli lui échapper.
 
Je ne résiste pas à la tentation de vous lire un extrait de ces « Philothea » du bon saint François…
 
Il lit :
 
« L’éléphant ne change jamais de femelle et aime tendrement celle qu´il s´est choisie et avec laquelle il ne s´accouple pourtant qu´une fois tous les trois ans, en se cachant si soigneusement que jamais on ne l´aperçoit au cours de cet acte ; quand il réapparaît le sixième jour, c´est pour se rendre directement á la rivière où il se lave tout le corps ; il ne regagne pas le troupeau avant de s´être purifié. De telles manières ne sont-elles pas bonnes et droites ? »
 
Bokassa l’Eléphant, qui n’a pas lu saint François de Sales, enlève des femmes dont il fait ses maîtresses, comme cette très jeune fille, Catherine Denguiadé, tout juste âgée de quatorze ans, qu’il enlève, séquestre, à qui il fait sept enfants, veut épouser, mais comme il est déjà marié devant Dieu avec une Astrid si mes souvenirs sont bons, l’Eglise refuse de dissoudre cette première union. Il est vrai qu’il a déjà dix-sept épouses…
 
Il sort de la caisse une autre assiette qu’il empile sur les précédentes, considère la pile.
 
S’il donne tort à saint François de Sales, Bokassa l’Eléphant répond pourtant bien à l’ivrognerie de l’animal qu’il s’est choisi pour emblème, dont vous savez maintenant qu’il engloutit des quantités phénoménales de Sclerocarya birrea, en vidant d’innombrables bouteilles de whisky. A part celles que Catherine, furieuse de voir son époux ivre mort la veille de son sacre, vide dans l’évier en criant : « — Un Empereur ne se saoule pas »… Oui, car douze ans après le coup d’Etat qui le porte au pouvoir, avec la bénédiction de la France que préside alors le Président-chasseur-de-gros-gibier-futur-académicien-français, Bokassa l’Eléphant imagine de se couronner Empereur de son petit pays. Puisque le pape Paul VI a refusé de se déplacer pour le faire, le pauvre homme doit en effet se poser lui-même sur la tête sa couronne d’or pur incrustée de 7000 carats de diamants, signée Arthus-Bertrand, qui a coûté 5 millions de dollars payés in extremis…
 
La Centrafrique était — est toujours — l’un des pays les plus pauvres de l’Afrique. En une seule journée de sacre, le quart du budget de l’Etat est parti en fumée. Ce sacre de Bokassa Ier restera dans l’Histoire du monde comme un geste unique, sublime, comme seule peut l’être une œuvre d’art, un pur geste artistique, comme l’incendie de Rome par Néron.
 
Imaginez un trône de bronze doré, pesant 3 tonnes, représentant un aigle aux ailes déployées de 4m20 de large et de 3m10 de haut, des soldats en grand uniforme de la garde impériale napoléonienne, et cela dans le palais omnisports de Bangui. Imaginez l’Empereur, dont la garde-robe, réplique de celle de Napoléon, porte la griffe de Pierre Cardin ; imaginez-le qui s’avance vers ce trône gigantesque, vêtu de son manteau de 8 mètres de long, orné de 785 000 perles et d’1 million de boules de cristal et d’or, le sceptre, l’épée sertie de diamants offerte par le président-chasseur-de-gros-gibier-futur-académicien. Voyez le lourd carrosse de bronze et d’or qui va maintenant vers la cathédrale, tiré par huit pur-sang envoyés par l’Elysée depuis les haras de Normandie, qui s’abattent l’un après l’autre sous l’effort et la chaleur, et meurent, si bien que le couple impérial doit franchir les derniers mètres en limousine. Car la France généreuse, outre quelques millions de francs, a fourni conseils protocolaires, décors et costumes, encadrement équestre, orchestre et caméramans du service cinématographique de l’Armée pour immortaliser cette journée.
 
Bien sûr, l’Empereur est un peu déçu parce qu’aucun chef d’Etat ne s’est déplacé, pas même son « cher parent », c’est ainsi qu’il appelle le Président-chasseur-de-gros-gibier-futur-académicien-français, qui a envoyé un sien cousin. Mais le banquet a été somptueux, où ont été débouchées 60 000 bouteilles de Bourgogne et de Champagne, qui a demandé 10 000 pièces d’orfèvrerie et un nombre tout aussi important de services en porcelaine de Limoges pour les 3500 invités.
 
Il sort précautionneusement les dernières assiettes de l’emballage.
 
Le Président-chasseur-de-gros-gibier-futur-académicien-français s’en est rendu compte, un peu tard : la mascarade du sacre a choqué, que dis-je ? scandalisé l’Afrique. Et Bokassa l’Eléphant se révèle un cher parent bien encombrant : être empereur ne lui suffit plus ; après deux ans d’un règne ubuesque, il veut la bombe atomique. Cette fois, c’en est trop ; les soldats français le débarquent en douceur. Condamné à mort, amnistié, le dictateur déchu prêche dans les rues de Bangui, vêtu d’une soutane blanche et portant une énorme croix, clamant qu’il est le 13e Apôtre de Jésus-Christ et Saint de Première Catégorie, avant de mourir dans la misère. Sic transit gloria mundi…
 
Il empile soigneusement les dernières assiettes sur les précédentes, examine la pile, rectifie l’alignement.
 
Mais revenons en arrière, quelques mois avant le sacre. Bokassa l’Eléphant, qui n’a pas lu saint François de Sales, multiplie les infidélités, à la grande fureur de Catherine qui défend bec et ongles sa place de favorite. Jusqu’à maintenant, elle a pu maintenir ses rivales au rang des concubines secondaires, mais voilà qu’entre en scène une volcanique Roumaine. Blonde et mince, Gabriella est une danseuse aperçue lors d’un voyage chez son ami le Conducator Ceausescu. Diamants contre danseuse blonde, le troc est vite conclu et la danseuse expédiée en Centrafrique.
 
Réalisez-vous ce qu’est la vie infernale d’un mari polygame ? Sans cesse occupé à rétablir la paix entre ses femmes ? Les chamailleries sans fin, les jalousies mesquines, parce qu’il a offert à celle-ci une rivière de diamants alors que l’autre n’a reçu qu’un diadème ? Lui, le Maréchal Bokassa, obligé de se rendre en cachette de Catherine chez la nouvelle favorite qu’il a pourtant pris soin d’installer dans une villa à l’autre bout du palais, si loin de celle de sa rivale qu’il faut une voiture pour y aller ? La nouvelle venue est aussi ambitieuse que Catherine, Catherine qui s’oppose au sacre quand il lui annonce la grande nouvelle :
« — Toi, empereur de ce petit pays ? Tu es déjà président à vie ! Tu veux qu’on te traite de roi nègre ? Tu seras ridicule ! Déjà que tu prends du ventre !
— Mais chérie, ce n’est pas moi, c’est le peuple qui le demande. Je ne peux pas aller contre la volonté du peuple…
— Le peuple, mon œil ! Encore une de tes idées brillantes ! Comme ta réforme agraire ! »
Catherine s’oppose au sacre, mais Gabriella, elle, veut bien devenir impératrice, et Bokassa l’Eléphant, qui s’est enflammé une fois de plus comme un feu de paille, veut légaliser leur relation. Là, c’est la guerre. Une guerre féroce, impitoyable. Catherine abandonnerait le trône impérial à cette intrigante ? Que deviendrait-elle si celui qui l’a faite se lassait d’elle ? Elle qui dépense jusqu’à cent mille francs par jour en faisant son shopping à Paris ? Passer au second plan ? Jamais !
« — Tu veux mettre une Blanche sur le trône ? Et cette pétasse en plus ? Tu as perdu la tête ?
— Calme-toi, ma chérie.
— Non, je ne me calmerai pas ! »
 
Il casse une assiette en la jetant violemment sur le sol (2).
 
« — Je suis fâchée, très fâchée, et je t’avertis que je ne me laisserai pas faire ! »
 
Il casse une assiette (3).
 
« — Je ne laisserai pas cette petite conne prendre la place qui me revient ! »
 
Il casse une assiette (4).
 
« — Ma chérie, c’est le service de porcelaine que je t’ai offert.
— Eh bien, tiens ! Reprends-le, ton service de porcelaine !
 
Il casse deux assiettes (5 et 6).
 
— C’est du Limoges ! »
 
Il casse deux assiettes (7 et 8).
 
Le Maréchal évite comme il peut les assiettes qu’elle lui lance à la tête.
 
« — Et alors ? Qu’il vienne de Limoges ou de la Chine, je m’en fous ! »
 
Il casse encore deux assiettes (9 et 10).
 
« — Ma petite chérie, choupinette… Ce sont des assiettes à mon effigie… regarde… c’est moi, dessus… en grand uniforme de Maréchal… Tu ne veux pas faire de mal à ton petit Maréchal… »
 
Car le dictateur, qui torture lui-même ses opposants, tremble devant Catherine. Bokassa l’Eléphant a bu pour se donner du courage avant d’affronter sa colère.
 
« — Et arrête de boire ! Tu pues l’alcool ! »
 
Et là, là, nous quittons le vaudeville pour entrer de plain-pied dans la tragédie. Ce n’est plus Feydeau, c’est Racine ! C’est Titus et Bérénice ! En coulisse, Catherine sourit. Conseillers et ministres font pression sur le Maréchal.
Imaginez-vous le Président de la République demander au peuple français s’il préfère avoir comme première dame sa femme ou sa maîtresse ?
La mort dans l’âme, le Maréchal demande à ses futurs sujets quelle impératrice ils veulent. L’un des pays les plus pauvres de l’Afrique organise un référendum sur cette grave question. Jusqu’à la dernière minute, Bokassa espère. Il se voit déjà expliquer, tout contrit, à Catherine que la voix du peuple s’est exprimée et que l’élue de son cœur montera à ses côtés sur le trône impérial. Hélas, le peuple veut une impératrice à la peau noire. Le cœur de Bokassa se déchire. Le peuple a parlé. L’amour ou l’Empire. S’il choisit l’amour, il ne pourra monter sur le trône contre la volonté du peuple qu’il a lui-même sollicitée. S’il choisit le trône, il devra écarter celle qu’il aime. Quel conflit ! Titus renvoie Bérénice, Napoléon répudie Joséphine…
 
Il lâche la dernière assiette (11) qui s’écrase sur le sol.
 
Sur les images du sacre on voit Catherine dont le visage renfrogné prouve à quel point elle réprouve cette mascarade grotesque, d’autant plus qu’elle sait qu’une autre aurait dû se trouver à sa place selon le vœu de son seigneur et maître.
 
Aujourd’hui, les enfants s’amusent à se bousculer sur la carcasse du trône dépouillé de son bronze doré dans le palais omnisports abandonné de Bangui. Au palais de Berengo, là où vécut l’Empereur, où vivent encore, armés de fusils en bois, quelques soldats perdus qui se nourrissent de rongeurs de brousse, les villas des épouses rivales se délabrent lentement. Il n’y a plus de portes. On entre dans des pièces vides. Sur un mur, on lit cette inscription énigmatique : « Triste est le survivant de la caravane. Souvenez-vous de l’histoire de Koyapato. »
 
Il marche sur les débris des assiettes brisées.
 
On entre dans une autre villa. Peut-être est-ce celle de l’impératrice Catherine : on marche dans les débris d’assiettes en porcelaine de Limoges.
 
On présente l’assiette du Musée.
 
Alors comment cette unique assiette survivante a-t-elle pu se retrouver ici, dans les collections du Musée Adrien Dubouché ?… (Il l’examine) D’ailleurs endommagée… Est-elle revenue en France avec l’impératrice ? Avant la déposition du Napoléon des tropiques, Catherine avait quitté l’Empire avec des malles remplies de devises, de diamants entassés dans des pots de confiture, de bijoux et d’argent liquide, et tout ce qu’elle a pu prendre dans le mobilier du palais, officiellement invitée par le président-chasseur-de-gros-gibier-futur-académicien, à qui la presse people prétend qu’elle n’était pas indifférente. La belle traîtresse avait pour tâche de faire semblant de rien et de tromper son empereur de mari. Dans sa chambre du château de Hardricourt, des milliers d’objets précieux traînaient, épars dans la pièce aux rideaux tirés… 
 
Le conservateur de musée, comme l’éléphant, a une patience infinie. Il sait que sa vie sera continuée par d’autres conservateurs tout aussi patients, et que les collections qu’il classe, collige et augmente sont destinées, sauf extinction brutale et complète de l’humanité, à l’éternité. Ainsi les conservateurs se succèdent-ils comme les éléphants qui tournent sur la piste du cirque, chacun tenant dans sa trompe la queue de celui qui le précède. Mais parfois, comme le proboscidien pris d’une lubie soudaine, ou qui aurait trop abusé du fruit fermenté de Sclerocarya birrea, il laisse échapper quelque mouvement d’humeur inattendu, eu égard à sa réserve habituelle, comme celui du conservateur inconnu qui rédigea la notice pour cette assiette :
 
«ASSIETTE D’UN SERVICE AYANT APPARTENU AU MARECHAL BOKASSA. CASSEE, ET PEUT LE RESTER.»
assiette ayant appartenu au sevice de l'empereur Bokassa - Musée Adrien Duboucher Limoges
(Musée national de la Porcelaine Adrien Dubouché - Limoges)
L'Eléphant dans le Musée de la Porcelaine appartient aux projets pour les musées, lectures ou performances avec Loin de Gaza, Loup "Bouéré" de Requesens, Oushebti, Le chef-d'oeuvre disparu, La Femme au ruban bleu, Les quatre petites sirènes de l'Evêque Dodon, les Portraits imaginés.
 
 
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