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Œuvres    
La Légende Baoulé
spectacle d'ombres chinoises pour enfants à partir de 5 ans

les interprètes de la Légende Baoulé sous l'arbre à palabres
La Légende Baoulé est connue dans toute l’Afrique de l’Ouest, bien au-delà des frontières de la Côte d’Ivoire. Transmise oralement par les conteurs, elle a évolué au cours des âges, se ramifiant en nombreuses versions. Les écrivains coloniaux l’ont recueillie dès 1900, contribuant ainsi à la figer par écrit et à en faire un mythe national quasi officiel. Après la décolonisation, des écrivains africains s’en sont emparés à leur tour, la transformant et l’éloignant encore des anciennes versions orales.

Si la Légende Baoulé apparaît à beaucoup comme un conte, elle est aussi le récit fondateur d’un peuple. Selon la Légende, les Baoulés venus du Ghana vers l’actuelle Côte d’Ivoire ont été guidés par Abla Pokou, la nièce du roi des Ashantis. A la suite d’une guerre de succession dans le royaume de son oncle, Abla Pokou doit fuir avec une faction du peuple qui lui est restée fidèle. L'un des temps forts de la Légende est ce long exode, alors que cette faction des Asabu est talonnée par des ennemis qui veulent son extinction.
 
ombre chinoise : l'exode du peuple Baoulé
 
Le moment le plus dramatique survient avec le passage de la Comoé en crue. Le devin annonce que la colère de l'Esprit des eaux ne s’apaisera que lorsqu’on lui aura sacrifié ce que le peuple a de plus précieux. Mais il ne s’agit pas des animaux que les fugitifs ont emmenés avec eux, ni même des bijoux d’ivoire et d’or : ce que le peuple a de plus précieux, ce sont ses enfants. Comme personne ne se décide, Abla Pokou jette son propre fils dans les flots, d’énormes hippopotames forment un pont sur lequel passe le peuple. Le pont d'hippopotames se disloque ensuite, laissant sur l’autre rive les ennemis impuissants. Abla Pokou passe la dernière, et quand elle rejoint les siens prosternés, elle dit seulement « bâ wouli » : « l’enfant est mort », fondant l'identité de ce nouveau peuple sur le sacrifice d'un enfant.

Ce sacrifice est pour le moins dérangeant. Faut-il accepter de sacrifier un individu, plusieurs individus, une partie de la communauté pour sauver tous les autres ? Moralement, ce dilemme est insoluble. Et puis n’y a-t-il pas comme cela assez d’enfants sacrifiés, privant les peuples d’une part de leur avenir ? Raconter la Légende Baoulé telle quelle paraissait inacceptable. Aussi un niveau a-t-il été ajouté dans le texte :
 
Le Lion, la Hyène et l'Eléphant se disputent à propos de la Légende Baoulé
 
Trois animaux familiers des contes africains, le Lion, l’Eléphant et la Hyène, s’étonnent qu'on puisse tuer pour rien, même pas pour se nourrir, comme le font les hommes. L'Eléphant qui, comme chacun sait, a de la mémoire, se souvient d'une légende qu'il a entendue autrefois : il y était question d'une reine qui sacrifiait son fils unique. Incrédulité des deux autres... Tous les trois se disputent vivement à propos de sa fin. Le Lion prétend que l’enfant s’est sacrifié volontairement, la Hyène que sa mère l’a flanqué à l’eau sans autre forme de procès, l’Eléphant qu’il a refusé de se sacrifier. Pourtant le peuple baoulé a été sauvé, rétorque le Lion. Les trois animaux fâchés se séparent sur ce désaccord. Que s’est-il donc passé ? Et si la solution était venue de l’enfant d'Homme lui-même, du petit Kouakou ?

avec :
Fidèle Baha (Le Lion)
Hyacinthe Brika Zougbo (L'Eléphant)
Anne Compagnon (la Hyène)

mise en scène : Christelle Nicod
collaboration artistique : Fatna Djahra
musique : Sylvain Fournier
création lumière : Jean-Philippe Monteiro
communication : Nathalie Berthod


Coproduction des Compagnies Deux fois rien (Suisse) et Pataclowns (Bénin).
 
la Légende Baoulé : derrière l'écran des ombres chinoises

La Légende Baoulé a été créée le 11 octobre 2017 à la Ferme de Marignac (Grand-Lancy, Genève)

photographies : Nathalie Berthod
 
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