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Œuvres    
Poisson braisé

11 avril 2016. A l’occasion d’une rencontre à Bruxelles, Nadège Ouédraogo, Fatima Tchiombiano et Michel Beretti évoquent un sujet de pièce qui pourrait convenir aux deux comédiennes. Un sujet émerge, s’impose : l’amour entre femmes.

Nadège Ouédraogo et Fatima Tchiombiano vivent en Europe et sont nées respectivement au Burkina Faso et au Niger. Européennes ET Africaines, ou plutôt « Afropéennes » selon le mot forgé par Leonora Miano, elles sont conscientes de l’enjeu de la pièce qu’elles projettent de jouer :

L’amour entre femmes, qui ne va déjà pas toujours de soi en Occident, devient semé de difficultés et de dangers en Afrique. Sur 54 pays d’Afrique, 38 pénalisent l’homosexualité, parfois par la peine de mort (Mauritanie, Nigéria du Nord, Soudan, Somalie) ou la prison (Ouganda, Cameroun). Là où l’orientation sexuelle n’est pas condamnée par la Loi, l’homosexualité est souvent stigmatisée (Côte d’Ivoire, Congo). En Afrique du Sud, où le mariage homosexuel est légalisé, se commettent toujours des « viols correctifs » et des assassinats de femmes lesbiennes…

« Poisson braisé » ? Comme on sait, le poisson braisé présente la même apparence des deux côtés. L’obligation d’une double vie, c’est ce que souligne cette dénomination ironique : les femmes africaines qui aiment les femmes l’emploient pour parler de celles, souvent mariées et mères de famille, dont rien ne révèle l’homosexualité.

Une grande ville d’Afrique. Lindiwe rencontre par hasard Zanele qui s’est enfuie de chez son mari. L’une est une jeune femme de la ville, l’autre vient de son village ; toutes deux éprouvent le même désir qui leur fait peur pour une autre femme : sont-elles normales ? se demandent-elles. Comment ont-elles pu se laisser  « contaminer » par cette dépravation venue de l’Occident qui heurte les valeurs traditionnelles ? Elles ignorent encore que l’amour entre personnes du même sexe existait depuis longtemps chez les peuples d’Afrique ; elles ne savent pas que ce sont au contraire les colonisateurs blancs qui ont fait condamner ces relations qui paraissaient normales à tous. Mais quand elles auront surmonté leurs peurs et leurs préjugés, comment pourront-elles vivre cet amour dans une société fondée sur la suprématie de l’homme, qui impose à la femme le rôle d’épouse et de mère ? Elles ne pourront faire autrement que de le cacher sous les apparences d’une simple amitié. Quand Lindiwe ne pourra plus retarder le moment de se marier, elles choisiront ensemble son mari pour continuer à s’aimer en cachette. Quand la famille de Lindiwe voudra laver sa « honte » dans le sang de sa propre fille, le seul choix de Zanele et Lindiwe sera-t-il entre la rentrée dans la « normalité » et l’exil ?
 
 
 
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