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Œuvres    
Une histoire de frontière
en collaboration avec Afi Gbegbi

C'est une comédie, une comédie en langue mina que nous commençons à écrire pour le Togo avec Afi Gbegbi, l'auteure de Soeurs d'ange et de Après Gomorrhe.
Ce que j'aime chez Afi, c'est sa révolte. Dans Soeurs d'ange, elle met en scène trois co-épouses qui picolent, fument des joints et font de la musique sur la tombe de leur mari pour l'empêcher de reposer en paix. Après Gomorrhe n'est pas moins sulfureux, puisque les deux filles de Loth y débattent de la légitimité de l'inceste.
 
Donc une histoire de frontière que m'a racontée Alfa Ramsès, et que j'enjolive déjà quelque peu :
 
Un homme qui habite au Ghana, juste de l'autre côté de la frontière avec le Togo, meurt subitement. Sa veuve décide de le faire enterrer dans le jardin familial. Au même moment, de l’autre côté de la frontière, au Togo, une femme s’inquiète de ne plus voir son mari qui a disparu depuis quelques jours. D’abord elle ne s’est pas inquiétée parce qu’il était coutumier du fait, mais cette fois son absence dure plus longtemps que d’habitude. Comme la frontière est à cet endroit plutôt symbolique et que les gens ne cessent de la traverser dans les deux sens pour aller travailler à Lomé ou cultiver un champ au Ghana sans jamais montrer leurs papiers d’identité, elle apprend qu’un homme est mort de l’autre côté. S’étant renseignée, elle comprend que l’homme décédé subitement est son propre mari, qui avait au Ghana un autre ménage. Elle envoie un parent réclamer le corps et essuie un refus de l’autre veuve. Elle envoie alors ses enfants voler le cercueil pour le transporter au Togo en lui faisant traverser la frontière. Furieuse, la veuve du Ghana envoie des cousins récupérer le cercueil qui retraverse la frontière. Nouveau passage dans l’autre sens, à la grande satisfaction du garde-frontière soudoyé à chaque traversée du cercueil. Mais cette fois, les deux familles du mort menées par les veuves déchaînées sont prêtes à en venir aux mains. La déclaration solennelle d’un ami intime du défunt assurant que le mort lui a fait part de son désir d’être enterré au Ghana est aussitôt contredite par celle d’un parent jurant qu’il tenait à l’être au Togo. Les deux familles trouvent enfin un arrangement grâce à un oncle de substitution institué pour la circonstance : le mort sera enterré les pieds au Ghana et la tête du Togo. Moralité : on se fout des frontières.
 
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