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Œuvres    
Lumières !

mise en scène : Yann Pugin
direction musicale : François Ingold / Joerg Schwendimann
chorégraphie : Nathalie Favre-Pandur
scénographie : Marc Monteleone
costumes : Thierry Dafflon, avec la participation de l'Ecole de Couture de Fribourg
lumières Serge Simon

jeu : les 120 comédiens du groupe théâtral de l'ECG Fribourg
danseurs et chanteurs du Chor und Tanzgruppe der FMSF

création 26 avril 2013


esquisses du décor Marc Monteleone

« Le prochain siècle sera de jour en jour plus éclairé : en comparaison, tous les siècles précédents ne seront que ténèbres », écrivait Pierre Bayle à l’orée du Siècle des Lumières.
Les Lumières ont suscité un immense espoir : l’Humanité, éclairée par la Raison et les Sciences, allait progresser pour atteindre le Bonheur, une idée neuve en Europe. Après un sombre 20e siècle : génocides, régimes totalitaires, propagande de masse, où nous mène le 21e ?
L’héritage que les Lumières nous ont légué affirme que le monde est organisé par des lois compréhensibles par notre entendement, que les relations entre les hommes sont contractuelles et non fixées par un ordre divin, que le crime est haï de toutes les nations, que les droits de l’individu, les idées de liberté, de tolérance, d’égalité sont des valeurs universelles.
Pourtant, un Pape affirmait il y a quelques années encore qu’il ne pouvait y avoir de morale sans Dieu… Cela devrait nous tenir en éveil. De la même façon qu’une des maximes des Lumières selon laquelle on ne peut pas opprimer un individu pour des raisons économiques devrait nous tenir en alerte… Oser penser par soi-même, cette devise des Lumières doit toujours nous servir de guide.

Le projet d’école qu’a mené autour des Lumières l’Ecole de Cuture Générale de Fribourg (Suisse) pendant toute l'année scolaire 2012-2013 en commandant une pièce originale à un auteur trouve ici tout son sens. Lumières ! n’a pas la prétention d’être une représentation exhaustive, mais un « parcours sensible » du 18e siècle, qui fut celui des sens autant que de la raison. Siècle contradictoire, où les Lumières le disputent à l’ombre, où les penseurs, loin d’être d’accord entre eux, passent leur temps en âpres confrontations, où les femmes s’opposent aux préjugés des hommes sur leur sexe, où la raison de Kant le dispute à la noire logique de Sade, où la foi en la Providence d’un Rousseau s’oppose au scepticisme d’un Voltaire et au matérialisme athée d’un Diderot.

En mettant en scène ces personnages célèbres et les anonymes, comme la petite servante de la Gruyère, Marton Daguet, dont les prospères descendants joueront plus tard leur rôle, Lumières ! cherche à faire entendre, dans l’immense bruissement du siècle, quelques voix, grandes ou petites, engagées dans des débats qui nous concernent plus que jamais.


Dès la première moitié du 18e siècle, surgissent partout en Europe des idées nouvelles qui, à travers la métaphore de la lumière chassant les ténèbres, évoquent le passage de l’obscurantisme à une pensée et une action libres, éclairées par la Raison, donnée en partage à tous les humains. Il faut « oser penser par soi-même » (Diderot) ; avoir « le courage de se servir de son propre entendement ! voilà la devise des Lumières ! » (Kant).

Un projet théâtral et pédagogique pour des questions d’aujourd’hui : cette vive incitation au savoir dont l’écho se transmet jusqu’à aujourd’hui invitait à relier ce spectacle à un projet pédagogique s’étendant à l’ensemble de l’ECG, en proposant aux enseignants en Lettres de mettre l’accent sur l’enseignement de la Littérature du 18e siècle, aux enseignants en Histoire d’évoquer plus spécialement ce siècle, aux professeurs de Musique de parler de Mozart et de participer à la création musicale du spectacle, à ceux de Sciences d'évoquer les découvertes et les expériences de l'époque (on a vu un professeur de biologie procéder à une dissection en perruque et habit ! ), à tous de suivre le travail théâtral qui sera mené par les élèves.

Cependant, ces Lumières projettent aussi des ombres et ouvrent un débat qui nous concerne toujours… Pour les penseurs des Lumières, le monde, organisé rationnellement par des lois, est compréhensible pour l’esprit humain. Cette croyance en un monde rationnel implique que les relations entre les hommes ne relèvent pas d’un ordre divin mais d’un contrat social pour lequel les droits de l’individu, les idées de liberté, de tolérance, d’égalité apparaissent comme des valeurs universelles.
Mais vient un moment où l’aspiration au bonheur et à la liberté individuelle entrent en contradiction avec le contrat social, l’égalité avec la liberté, la liberté avec l’égalité. Cette aspiration au bonheur a inspiré la Révolution française : mais peut-on imposer par la force le bonheur à une nation et à un continent, la France et l’Europe, à l’humanité, comme le voulaient la Révolution soviétique et le Communisme, comme les Etats-Unis voulaient imposer la démocratie lors de guerres récentes ? Les Lumières ont-elles conduit à Auschwitz et au Goulag comme l’ont prétendu certains philosophes du siècle dernier ? Que faire aujourd’hui de cette idée de Bayle selon laquelle le progrès de l’humanité serait continu ?

Aussi Lumières ! devait-il être à la fois spectacle théâtral et controverse d’idées dramatisée. La pièce n’aborde pas seulement les grands moments du siècle, mais traite à la fois de philosophie, des sciences, du droit, des arts,notamment de la musique, et aussi du « ressenti » des individus dans leur époque, du changement de perspective qui fait de chaque être humain, croyant ou non, l’habitant d’une planète minuscule dans un univers infini, du sujet d’un souverain une personne humaine, le citoyen d’une nation, de chaque individu un représentant de l’espèce humaine doué d’empathie pour celui qui souffre dans la distance (Adam Smith).

Lumières ! – Théâtre

« La scène se passe en Europe… »

En une vaste fresque embrassant le 18e siècle de 1700 à la Révolution française, Lumières ! réunit sur le théâtre philosophes, souverains, prêtres, bourgeois de robe ou de finance, savants, marchands, gens du peuple, artisans, paysans ou déclassés que la pensée des Lumières atteint peu à peu avec les tournées des colporteurs, en tout plus de 120 personnages, parmi lesquels des grandes figures de l’Histoire et de la Pensée : Voltaire à trois âges de sa vie, Frédéric II, Madame du Châtelet, Diderot, Rousseau, Isabelle de Charrière, Mozart, Casanova, Pestalozzi, Bräker, le jeune Marat, Robespierre… et des anonymes, français, allemands, italiens ou suisses, dont la vision du monde et de la société se transforme avec le siècle, provoquant autour d’eux et en eux des bouleversements parfois violents.

Des lieux s’imposent, dans lesquels se mènent les débats (car la pensée des Lumières, portée par des individus qui, loin de se sentir d’accord entre eux, passent leur temps en âpres discussions, est née de ces confrontations), où se déclenchent les crises : salons, cafés, théâtres, campagnes, manufactures, places publiques, interchangeables quel que soit le pays d’Europe où se passe la scène. L’Europe des Lumières est un espace à la fois un et multiple, où circulent librement les idées : « Il n’y a plus aujourd’hui de Français, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglais même, quoi qu’on en dise ; il n’y a que des Européens » (Jean-Jacques Rousseau).
Jusqu'aux épilogues qui nous entraînent aujourd'hui sur la Place Maïdan au Caire et dans une cité de banlieue d'une grande ville.

 

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Von 1849 bis 1855 reiste Heinrich Barth nach Afrika. Zwischen September 1853 und Mai 1854 verbrachte er mehrere Monate in Timbuktu. Nur zwei Westler waren vor ihm in diese Stadt eingedrungen, die den Christen wegen Todesstrafe verboten war : René Caillié hatte Timbuktu zwanzig Jahre zuvor, 1829, besucht ; kurz vor ihm war Major Alexander Gordon Laing ihm vorausgegangen, aber er war nach seiner Abreise aus der Stadt ermordet worden, und seine Beobachtungen sind für immer verloren. Timbuktu ist immer von einer geheimnisvollen Aura umgeben.
In Timbuktu, er entdeckt Manuskripte, die für ihn eine wahre Offenbarung sind. Im Gegensatz zu seinen Zeitgenossen glaubt Barth, dass Afrika eine Geschichte hat.  Er behandelt diese Geschichte als Historiker seiner Zeit, die die Geschichte Europas behandeln. Im Westen ist dies ein bahnbrechender Gedanke ; Barth macht einen ersten Schritt in Richtung einer Weltgeschichte, die aus verschiedenen Geschichten mit mehreren Interaktionen besteht.